24/02/2013

2.2 Èl Louviére / La Louvière: èl Létâré / Laetare (Francis Duquenne)

Duquesne Francis, Si Laetare m’était conté, Le carnaval louviérois, 1991

 

(p.29) LA LOUVIERE AU 19e SIECLE

 

La commune de La Louvière dans le milieu du 19ème siècle n'existe pas encore, c'est toujours un hameau de Saint-Vaast. Très peu de rues ou plutôt de chemins.

Plusieurs fermes dont une en plein centre du drapeau blanc actuel (Mathée). La place de La Louve était un bosquet avec une source, d'où son nom à l'époque de place de la Fontaine.

Au placard du Hocquet une autre ferme, la censé Debause. Dans ce même quartier, les fermes Fontaine et Demaret. A la limite entre Houdeng et La Louvière, la ferme "Tout-y-faut".

A Baume, la propriété du fermier Sylvain Guyaux, le domaine de "Sars-Longchamps", etc...

Comme on peut se rendre compte, la région était surtout agricole. Cela changea après 1850. Sur quelques années, le hameau de La Louvière se développe grâce aux charbonnages, à la faïencerie Kéramis, aux différentes usines telles que la fonderie et hauts fourneaux Cambier, les ateliers Charles Nicaise, etc... Toutes ces sources d'emplois font que ce quartier de Saint-Vaast devient plus important que la commune mère. Pour mémoire en 1809, il y avait 1211 habitants, 7075 en 1869 (c'est cette année là que La Louvière devint commune distincte) et 21.884 en 1909. La population a donc triplé en quarante ans. La Louvière est divisée en onze quartiers, le premier hameau à faire parler de lui au point de vue folklorique fut Baume. Commençons donc notre voyage dans le temps.

 

 

(p.30) LE CARNAVAL LOUVIEROIS AU 19e SIECLE

 

Les origines de notre carnaval se trouvent sans conteste dans le hameau le plus populeux de l'époque, c'est-à-dire BAUME. Il serait vain d'imaginer ces précurseurs du laetare avec le costume actuel. A cette époque la situation sociale était précaire, de ce fait on se travestissait avec un peu n'importe quoi. En 1850 un groupement carnavalesque existait chez les "baumois", il s'appelait "LES DURMELES". Parmi eux des Gilles du haut de Baume, du Rieu de Baume, de Jolimont n° 1, de Longtain, étaient précédés d'un orchestre ambulant.

Pas de chapeau en plumes d'autruche et pas question de lancer des oranges, c'est un luxe que ces gens ne pouvaient se payer. Ce groupe d'une vingtaine d'éléments était accompagné de mascarades. Leur local, le salon du l'Hoir était situé à l'écurie de louage en montant Baume. Ces gens se noircissaient avec de la suie, c'était le maquillage de l'époque.

En 1856, une nouvelle société est fondée par un groupe présidé par Hypolyte Wancquez, leur local se situe "au cautchie" à la citadelle, celui-ci est un relais de poste à droite en montant la chaussée. Ce groupe se nomme "LES MASQUES DE BAUME".

1860 voit la création du groupe "Les Grand-Pés de Baume" le local au "Sot Djef" était aussi situé à la Citadelle. Parmi eux d'illustres personnages tels qu'Au­gustin Gilson, futur bourgmestre et futur président des Gilles "Boute-en-Train".

Les autres quartiers avaient aussi leurs animations, ainsi à Bouvy naissaient les "Grand-Pés et Grand-Més", ceux-ci accompagnaient les Gilles arlequins et primitifs dont les assises se trouvaient chez d'Jean Bechere (El Machiniste) et également chez Auguste Faly (au Français). C'est à Saint-Vaast que la société de Bouvy se rend pour faire carnaval. Pendant la même période, au hameau du Hocquet, dans un estaminet situé à la rencontre de la rue du Hocquet et de la rue des Boulonneries, se constituait un groupement appelé "les Flamands et Flamandes du Hocquet". Vers 1865, dans le haut quartier au lieu dit "Placard du Hocquet", existait une société dont le nom était "les Clowns Mélangés". Elle était composée de clowns et de pierrots, et était placée sous la protection d'un brasseur de l'endroit: Désiré Duby.

(p.31) Le centre de la ville aussi avait ses amoureux du folklore. En 1860, un groupe composé de masques, clowns, et pierrots, et aussi de quelques paysans au costume primaire animaient l'endroit. Leur local se trouvait au pont de l'Olive dans la rue de Bouvy. Ce cabaret dont l'exploitant était Joseph Roulez est actuellement le "Ring".

Vers 1865, à la rue des Amours (alors rue du Curé), une société dénommée "Paysans et Clowns Louvièrois" avait ses assises chez Alexandre d'Hainaut. Le président était le jeune Alfred Pourbaix, qui auparavant avait fait partie successivement des Masques de Baume, des Grand-Pés de Baume, puis à Bouvy chez les Grand-Pés et Grands-Més du quartier, pour ensuite fonder avec quelques amis les paysans et les clowns louvièrois.

A la même époque, la tenue du Gille de Bouvy change, l'évolution du costume est appelée "Gille Marabout". Ainsi nommé car la coiffe est ornée d'un plumet de marabout. Les Gilles "marabout" et les arlequins à sonnettes devenant plus nombreux, ils créent une société indépendante des grand-pés et grands mes, ce sont les Gilles de Bouvy.

Dans le cortège de Saint-Vaast, ils sont précédés de la société des Grand-Pés et des Grand-Més.

Ces derniers adoptent des airs caractéristiques pour leurs pas et leurs ballets. Le local des précités se situe chez Dugaille (plus bas que l'actuel salon de l'Hirondelle). Zoé Dugaille, qui était bonne couturière, confectionnait per­sonnellement les cos­tumes du groupe.

En 1868, alors que chaque société ne fait que de ranimation de quartier, un groupe de jeunes gens de La Louvière décide d'or­ganiser le dimanche 23 février une cavalcade.

Le programme de ce cortège original se présentait comme suit :

Carnaval organisé par la société des "Sans Nom" (p.32) mais non des "Sans Coeur", pendant le parcours du cortège, une collecte sera faite au profit de l'oeuvre. Les souscriptions reçues à domicile pour les pauvres s'élèvent à 1.200 frs.

- 48 cavaliers.

- Chars représentant une noce, flamande du XVe siècle.

- Société de l'Harmonie de La Louvière.

- 50 mamelucks.

- Char représentant un intérieur flamand.

- Société des fanfares de La Louvière.

- Char de l'industrie houillère.

- 34 mousquetaires.

- Char de l'imprimerie chinoise, par la lyre ouvrière.

- Char de l'épicerie de Gand.

- Société des fanfares de Baume. (Saint-Vaast).

- Les sept sages de la Grèce.

- Société de l'harmonie de La Louvière.

- Société des fanfares de Saint-Vaast.

- Les Gais Amis de Haine-Saint-Pierre.

- Char de Bacchus.

- Garde civique.

- Corps des pompiers volontaires.

L'itinéraire était plus ou moins un quadrilatère qui serait représenté actuellement par le parcours suivant. Départ du bas Hocquet, avenue des Droits de l'Homme (le rivage du canal à l'époque), rue Guyaux, Drapeau blanc, rue du Temple, rue Malbecq, rue Toisoul, rue De Brouckère, et Hocquet. Pour situer le décor, il est nécessaire de rappeler que la plupart des rues actuelles n'existaient pas, et que les artères existantes étaient de véritables bourbiers. Cette cavalcade sera la dernière manifestation folklorique n'étant pas louvièroise.

(p.33) Les sociétés de Baume ne participèrent pas à cette cavalcade. C'était l'époque où les conflits politiques mettaient aux prises le parti de Baume soutenu par Saint-Vaast, et celui du bourgmestre Malraux. La fanfare de Baume fut toutefois présente. Jusque 1905 Baume ne quitta son carnaval de quartier que très rarement.

La Louvière, le hameau de Saint-Vaast ne fait que croître, et dépasse en importance le village dont il est issu. La séparation est nécessaire. Après bien des péripéties La Louvière devient commune à part entière. La cité des Loups est née, nous sommes en 1869.

Vers 1875, dans le quartier du Hocquet prend naissance le groupe "les Dominos du Hocquet". Trois ans plus tard sous l'impulsion d'Edouard Dubuisson, se forme la société des "Vieux Gilles du Hocquet", le local est établi au café Duwelz. Ses membres se recrutèrent au sein du groupe précédent et fut jusqu'il y a peu de temps, la société de Gilles la plus ancienne de la cité. Les vieux Gilles du Hocquet furent les premiers à s'orner la tête du haut chapeau à La Louvière. Ils sortirent pour la première fois le dimanche de Laetare 1878. La même année au quartier du Mitant des Camps, un groupe d'amis étant allés se divertir au carnaval de Binche, décidèrent à leur retour de créer "ène Binde dè Djîles". Cette décision fut prise dans un cabaret appelé "Riritte dé l'Manique" du spot (sobriquet) de son propriétaire. Un nouveau groupe folklorique louvièrois était né, les Gilles "Amis Réunis du Mitant des Camps".

Les fondateurs de la société avaient pour noms : Victor Dessiméon (de Bouvy), Mainil (el Grand d'Jean), Louis Tapoteau, Fred (el Corbeau), Larsimont (Riritte).

A noter que le café "Ririte dè l' Manikue" se trouvait au coin des rues Mitant des Camps et Jean-Baptiste Ballas, une plaque commémorative rappelle l'évé­nement à cet endroit (n° 210). Les Gilles "Amis Réunis" organisèrent leur premier carnaval de quartier en 1879. A la même période le hameau de Baume voit naître deux sociétés rivales, l'une chère à Théophile Lecat dit "le Grand Lecat", c'est le groupe des "Zouaves". L'autre bande a pris pour nom "Les Arlequins", celle-ci était composée notamment du cousin de Théophile appelé "le Petit Lecat". Les Lecat étaient des potiers concurrents, de ce fait leur société l'était également. Cette rivalité provoqua souvent des bagarres, mais heureusement pas de blessés graves. Toujours en 1878, mais dans le centre de la commune, Alfred Pourbaix transforme sa société "clowns et Paysans" en "Société des Paysans Louvièrois".

La huitième décennie du dix-neuvième siècle commence et par la même occasion prend naissance au placard du Hocquet, une société d'agrément dont la devise était "plaisir et philanthropie". Ce groupe était composé d'une (p.34) phalange carnavalesque d'une vingtaine de travestis dont des paysans. Cette phalange périclita en 1890, beaucoup de membres étaient attirés par les grands cafés du centre de la commune, notamment les revues d'Adolphe Caffet au théâtre de la rue Charles Nicaise. Privés d'instruments, ceux qui subsistèrent se placèrent en tête de la société de Gilles dont le local était une fois de plus au placard du Hocquet. Ainsi naquirent les "Zozos". Désormais on parlerait des "Gilles et mélangés" pour désigner en ce temps là les vieux Gilles du Hocquet.

Au même moment, la plupart des Gilles de Bouvy, choisissent le nouveau costume de Morlanwelz dit "à ramponau". En wallon cela désigne un instrument conique utilisé pour passer le café. Cette tenue fut également portée à Chapelle, Carnières, etc...

La toque de ces Gilles était un cône tronqué dont un passant était relevé à droite pour permettre la fixation du plumet de marabout. Il fallut attendre le début des années 1900 pour que les Gilles de Bouvy portent le haut chapeau ou fassent le Gille à barrette.

Il convient de signaler que les Gilles de Bouvy au 19ème siècle fréquentaient surtout le carnaval de Saint-Vaast, alors que la société voisine des Gilles "Amis Réunis" du Mitant des Camps, participait assidûment depuis 1882 au cortège louvièrois.

Parlons-en de 1882, car ce fut une date importante pour le folklore louviérois.

Mais remontons un peu dans le temps pour expliquer la naissance du cortège de La Louvière. Tout commença en 1877. Chez Madame Veuve Merckx (dont le café restaurant était situé au coin de la rue Albert 1er) fut fondée l'association des commerçants louvièrois. Cela fut fait sous l'impulsion de Romain-Dubois, marchand tailleur dont le commerce était établi au coin de la place des Martyrs (Mansart). Actuellement l'endroit se nomme "le Mansart". Romain-Dubois a été aidé (p.35)  en cela par messieurs Leclercq, Varlet, Grapin, Cornil-Bernard. En février 1881, une commission des fêtes fut constituée le jour du mardi gras. Lors d'une réunion de cinq de ses membres, germa l'idée d'élargir le programme des fêtes carnavalesques en organisant un grand cortège le lundi de Laetare. Le concours des sociétés locales fut acquis.

A titre documentaire, voici le programme du premier grand cortège du Laetare

1882.

1. Le samedi soir : grand bal masqué des commerçants.

2. Le dimanche matin : sortie des sociétés locales.

3. L'après-midi : sortie du carnaval des enfants avec orchestre.

4. Le soir : bal masqué populaire sur la place Maugrétout, et carnaval de nuit dans les cafés.

5. Lundi matin : sortie des Gilles et des violes, arrivée des sociétés régionales.

Départ du cortège à 11 heures (il en sera ainsi jusqu'en 1884).

Après un long parcours, dislocation et vers 15 heures : carnaval de rue.

6.  Le soir : bal populaire masqué sur la place Maugrétout, et carnaval de nuit dans les cafés.

C'est donc à partir de cette date que le carnaval louvièrois prend de l'amplitude et contribue à l'extension du commerce local.

La première prime offerte à la plus belle société locale participant au cortège de 1883, a été attribuée aux paysans louvièrois d'Alfred Pourbaix dont l'effectif progressait régulièrement. A partir de 1884, quelques Gilles du centre commerçant accompagnent les paysans. Ils étaient 7 ou 8 avec leurs beaux chapeaux à 6 ou 7 plumes pour animer les rues et participer au cortège de Laetare nou­vellement constitué. Les Gilles ouvraient la marche sur deux rangs. Devançant l'orchestre, arrivaient les paysans puis les clowns.

(p.36)

En 1885, le cortège qui auparavant démarrait à 11 heures partira dorénavant à 14 heures. Cela pour faciliter l'arrivée des sociétés étrangères qui n'avaient pas la possibilité de rallier en train si tôt la cité des Loups. On peut évaluer à 10.000 le nombre d'étrangers venus assister aux festivités. Pour situer la différence entre Binche et La Louvière de l'époque, voici la restitution de l'article du périodique "Binche libéral" du 19 février 1885. Cet écrit fut trouvé par Fernand Lienaux, et est imprimé dans son livre "Carnaval Louvièrois" de 1966.

"Bien pauvre cette année le carnaval de Binche, il manquait à Binche, mardi, 2 choses essentielles : des Gilles et beaucoup d'étrangers. Il y avait à peine 45 Gilles, alors que chaque année, il y en a plus d'une centaine, si bien que l'antique rondeau des Gilles n'a pas eu lieu : 10 Gilles chez Pathey, 22 Gilles chez Coquiart, 10 Gilles paysans chez Brédat. Voilà la totalité des sociétés locales binchoises".

Monsieur Lienaux souligne aussi dans son ouvrage, que le lecteur de cet article voudra bien tenir compte que le "Binche libéral" s'en prenait alors à l'administration communale binchoise qui était du parti opposé.

Heureusement par la suite, les festivités binchoises, petit à petit, deviendront le magnifique carnaval que nous connais­sons actuellement.

Arrive 1886, année noire que celle-là. Alors que les cortèges carnavalesques eurent lieu à Binche et Charleroi le mardi 9 mars, de dramatiques événements sociaux éclatent à la fin du mois. Suscitées par la faim et la misère, des révoltes surgissent au pays de Charleroi. A La Louvière c'est l'état de siège, le bourgmestre Désiré Grégoire prit le 28 mars un arrêté interdisant les rassemblements de plus de 5 personnes. Et le 31 mars, un autre arrêté défendant de se masquer et de se travestir. Il en fut de même pour 1887. L'an 1888 verra la liesse reprendre ses droits. Outre ses sociétés locales, le cortège de l'année compte 14 groupes étrangers. Parmi les sociétés primées nous relevons les Gilles "Amis Réunis" du Mitant des Camps, les

Vieux Gilles du Hocquet, la société "J'ai Peur" (p.37) de Bouvy, les Dominos du Hocquet, les Indiens de Merbes-le-Château. Dans le journal de Charleroi (43ème année, n° 53, 1888) un journaliste ayant assisté au carnaval louvièrois écrit :

II serait vivement à conseiller que Monsieur le Ministre de la guerre pût assister à cette fête, il pourrait constater par lui-même que la population ouvrière du Centre n'est pas aussi terrible qu'il le pense et qu'il n'y a pas de danger de mettre l'armée en contact avec des gens qui en dehors des heures de travail ne songent qu'au plaisir.

Vieillissons d'une année, nous sommes en 1889. Une société naquit, mais elle ne fit pas long feu. Elle fut mise sur pied par un nommé Derbaix, ce groupement prit le nom de "les Paniats qui Passent". Ces racines étaient dans un quartier calme de la cité, celui de Longtain.

Notons un fait très important concernant les sociétés de Gilles. Depuis l'aube du carnaval, l'orchestre était devant les Gilles, cela jusqu'au début des années 1880. Mais continuons notre progression à travers le temps, nous sommes en 1890 et grâce à Léopold Meunier, un nouveau groupement se fonde à Baume. Cet ensemble est composé de Gilles et durmélés issus surtout de la jeunesse du quartier. Le local était établi à l'ancien salon "l'Hoir" devenu salon "Dépède".

Au quartier du Hocquet, se constitue une société de "Boers" présentant un costume presque identique à celui des paysans que nous connaissons.

Ce début de dernière décennie du dix-neuvième siècle, vit l'apparition des Grand-Pés et Grand-Més de Bouvy dans le cortège du lundi de Laetare. Pour mémoire, rappelons que ces joyeux drilles fréquentaient essentiellement le carnaval de Saint-Vaast. La population louvièroise put à cette occasion apprécier leur répertoire personnel inspiré surtout de gavottes et menuets. Notons pour terminer cette année que le groupe des paysans louvièrois d'Alfred Pourbaix, était pour une grande part composé de gens dont la situation financière devait être aisée. Comme exemple deux faits repris de l'ouvrage de F. Lienaux.

Sur le chapeau des paysans, au point d'attache des deux plumes d'autruche, brillait un motif doré composé d'une étoile et d'un épi. Certains membres de la société, sans doute pour se marginaliser, ajoutaient à ce motif des bijoux de prix. Les paysans étaient aussi des lanceurs d'oranges hors du commun, car si l'on en croit les sources de F. Lienaux, ceux-ci font une consommation effrayante d'oranges et leur carnassière est vidée presqu'aussitôt qu'elle est remplie. Il n'est pas rare qu'un paysan se sépare de deux mille fruits pour le plaisir des gamins de la région.

(p.38) Mais l'an 1891 va voir un chambardement dans le groupe précité. Camille Adam dit "Cantia" propose à Jean Jongen dit "Djan Djon" de former une société exclusivement composée de Gilles. Aussitôt dit aussitôt fait, les deux anciens paysans deviennent l'un secrétaire (Camille Adam) et l'autre président (Jean Jongen). La première sortie est un succès, une quinzaine de Gilles en font partie, il y avait notamment : Ernest Hautier, Victor Lequinne, Elie Allard, Hector Hector, Jongen, Philippe, Pary, Camille Adam, Ursmar Godefroid, etc....

Une des sociétés les plus représentatives de notre carnaval était née : "Les Boute-en-Train". Ils ne participèrent pas au cortège de cette année. Le premier président d'honneur de la société de Gilles les "Boute-en-Train" a été Augustin Gilson. De grande notoriété, industriel de son état (usine Gilson), il devint également bourgmestre de La Louvière le 29 mars 1891, jusqu'aux élections de 1895.

De leur côté, les "Vieux Paysans" d'Alfred Pourbaix encaissèrent difficilement le coup, mais participèrent au cortège du lundi de Laetare.

 

 

(p.39) 1891 : CORTEGE DE LA LOUVIERE

 

Service d'ordre et autorités

1. GROUPE DE CAVALIERS LOUVIEROIS.

2. LES GILLES "AMIS REUNIS".

3. SOCIETE DU SAINT LUNDI DE JEMAPPES.

4. SOCIETE DES FLAMANDS "LES MARINS DU HOCQUET".

5. GILLES,PAYSANS ET MOUSQUETAIRES D'HOUDENG.

6. LES BOURGEOIS DU TRIEU.

7. LES QUILLIERS REUNIS DE LA JOBRETTE.

8. LES INTIMES INSEPARABLES DU HOCQUET.

9. LA REUSSITE DES ENTREPRENEURS D'HOUDENG-GOEGNIES.

10. LES AMIS DU PLAISIR DE BRACQUEGNIES.

11. LA JEUNESSE DE HOUDENG-GOEGNIES.

12. CERCLE MUSICAL DE GRAMMONT.

13. LES VIEUX MARINS DE BOUVY.

14. LES BONS BUVEURS DU STOKOU.

15. ROYAL CIRQUE DE THUIN.

16. LES AMIS DE LA LIBERTE DE HOUDENG-AIMERIES.

17. LES VIEUX GILLES DU HOCQUET.

18. SOCIETE ANONYME DU MARIAGE DE JEAN LARIGUETTE.

19. LES GRANDS PERES DE BOUVY.

20. LA LIBRE MONTOISE, CLOWNS FAISANT LE POSTILLON.

21. SOCIETE DU VENT DE BISE : UN MARIAGE FLAMAND DU 15ème.

22. SOCIETE MUSICALE LES RAMASSE TOUT.

23. LES VIEUX PAYSANS DE LA LOUVIERE.

24. LE CHAR DES BRIGANDS CALABRAIS DU MAUGRE-TOUT.

 

En 1892, grâce à Camille Adam, secrétaire de la nouvelle société des Gilles "Boute-en-Train", le conflit qui opposait cette dernière à Alfred Pourbaix, président des paysans louvièrois s'apaise. Les paysans louvièrois et pour la première fois les Gilles "Boute-en-Train" participent au cortège du Laetare. Ils sont une vingtaine avec de nouveaux chapeaux.

Le dynamisme d'Alfred Pourbaix dans le domaine folklorique est sans bornes.

Celui-ci crée un nouveau groupement, il est composé surtout d'enfants de nos écoles. Ils sont magnifiquement costumés et portent le nom de "l'Avenir du Carnaval".

 

(p.49) 1901

Pour rappel, en octobre de l'année dernière, la société de fantaisie "les Bie-Contints" a inauguré son drapeau. Cette fête a été l'occasion d'applaudir un cortège composé de groupes des différents quartiers de La Louvière et d'Houdeng-Goegnies. Ce défilé exceptionnel était formé de vingt sociétés.

En décembre, toujours de l'an dernier, les "Rinlis" louvièrois firent un réveillon retentissant dont le journal les nouvelles "du 30 décembre 1900", nous en donnait des échos.

"Qui ne connaît les "Rinlis", qui n'a entendu parler de leurs exploits plus ou moins typiques avec leurs "Rinliats". On les retrouve partout où il y a de l'amusement à donner et à procurer, tantôt en costumes carnavalesques de la plus haute fantaisie, tantôt en copurchics'4', plus tard en cercle choral ou bien en phalange musicale. Cette société n'a pas sa pareille".

 

(p.50) Rinliat : nom donné à une canne dont la crosse est ornée de 3 grelots et d'un flot de ruban. Les "Rinlis" dansaient le pas de Cille en agitant leur rinliat. Copurchic : en habit noir, gilet blanc, gibus et tutu de danseuse.

 

(p.186) LES AMIS REUNIS

 

1

Lès-Amis Réunis du Mitan dès Camps

C’ èst l’ binde dè djîles qu’ on pût mète in-n-avant.

Min.me sins leû plake, on lè r’counwat,

C’ èst toudi ieûs’ qu’ ont lès pus bias capias.

2

Montés in mile wit cint cèptante-wit’

Au Cabarèt à Ririte d’ èl Manike,

Lès prèmîns djîles, ç’ astoût Frèd èl Corbau

Mènèl èl grand Djan yèt Louwis (…)au

3

I-a cinkante ans, quand on lès v'loût monter,

L’ Mitan dès Camps, l’ dîmince du Létâré,

Tout-in-n-avant, ç’ astoût Batisse Lisbète

Qui f’soût l’ danseûse come ène vréye marionète.

4

Dèvant lès djîles, y-avoût in mouskètaîre,

I n’ davoût nîn deûs parèys dins l’ Louviêre ;

Pou min.ner lès p’tits, y-avoût in champète

Come cantiniére, ç’ ît Gustine d’ èl Babète.

5

Dèv’nus trop vîs, is n’ sont pus avû ieûs’,

Paul Marchataire èyèt l’ gros Milot Creuze

Avû l’ vî Poy èyèt Jorje du gros Nè,

Ç’ astoût dès djîles qu’ ont stè dècorès.

6  

(...)

 

L'histoire des Amis Réunis est relatée dans cette chanson de 1957, en 18 strophes. Le poète et chansonnier Edgard GUERLUS remet en mémoire les personnages hauts en couleur du quartier.

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