02/03/2013

1.2.1 Lès-instrumints d' musike / Les instruments de musique: li (r'toûr do) sife / le (retour du) fifre

in : EM 2/1984, p.30-33

Samuel GLOTZ

 

Emile Legrand appartenait à une famille foncièrement libérale. Il était un instrumentiste, un bombardon, de la fanfare binchoise Les Chasseurs. Il anima longtemps de ses lazzi et de ses chansons un groupe de musiciens qui allait (p.33) jouer les airs dits de Gilles dans maints carnavals des environs et, parfois même, à l'étranger. Vers la fin de sa vie, lorsque sa santé défaillante ne lui permettait plus de porter un instrument de cuivre aussi lourd que le bombardon, il se reconvertit. Au lieu du fifre tradtionnel, èl sife, il adopta la flûte sans doute plus facile pour lui qui commençait à manquer de souffle. E. Legrand et sa flûte faisaient partie du Mardi gras binchois. Il prenait plaisir à siffler l'air de l'Aubade matinale, si chère à nos coeurs, et qui commençait, faute de sifes, à n'être plus entendue dans le matin du Mardi gras. On crai­gnait que l'usage ne s'oubliât. E. Legrand reprit le flambeau. Il courut d'une société de Gilles à l'autre au hasard de ses amitiés et de ses rencontres, pour que, à nouveau, l'Aubade matinale retentisse dans les rues de Binche. Dans les dernières années, si son esprit demeura vif et son caractère jovial ou joyeux, il commença à se paralyser, la marche lui devint pénible. Malgré ces handicaps physiques, son plus grand plaisir resta d'attendre le passage, en face de chez lui, d'un groupe de Gilles, de travestis de fantaisie, et surtout de ces Paysans du Collège qu'il aimait tant et à qui il avait donné, malgré ses convictions philosophiques athées, beaucoup de son cœur. Alors quand pas­saient ses chers Paysans du Collège, les Arlequins de l'Athénée Royal, les Récalcitrants, les Incorruptibles où dansaient ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, et n'importe quelle société, il se faisait sortir de sa maison, avenue Jean Derave. Sur le bord du trottoir, entouré de ses proches et de ses amis, il sifflait la mélodie que nous attendions. Et les larmes perlaient sur la peau fripée par l'âge. Voilà une image plus révélatrice de la vraie face du carnaval que la violence ou la grossièreté de rares individus qui sont sans aucun lien avec la ville et ne connaissent pas l'esprit de nos coutumes, l'affa­bilité de notre accueil, la chaleur « castillane » de nos amitiés, la tendresse, à fleur de cœur, de notre sociabilité.

 

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