02/03/2013

1.2.2 Lès musucyins / Les musiciens: lès tamboureûs / les tambours

Les servants du Dieu Gille à Binche: les tamboureurs,

in : MA, 8, 1981, p.150-152

 

Des tamboureurs ils y en a toujours eu et il y en aura encore, c'est ce qui se dit à Binche. Comment devient-on tamboureur ?

 

Q.    Monsieur René Hamaide, autrement dit l' pètit co, quel âge avez-vous ?

R. J'ai 80 ans et je suis le plus vieux de la famille, nous sommes 4 frères et jouons tous les 4 du tambour ainsi que nos petits-enfants, nous avons cela dans le sang, c'est eux actuellement qui repr nnent la relève.

 

Q. Comment êtes-vous venu à jouer du tambour ? qui vous a appris ?

R. J'avais 7 ou 8 ans. Lorsque je revenais diner à la maison, je retournais les assiettes et avec les couverts je jouais parfois tellement fort que je les brisais et de ça, mon grand-père a dit, pas d'avance, on va lui acheter un tambour, il a été à Mons, tenez vous bien, il a eu le tambour, les baguettes, la ceinture pour 24 francs, attention je vous parle d'une affaire de 73 ans, je sais encore le prix, car il était inscrit dessus.

 

Q.    Qui vous a appris à jouer ?

R. Personne, mais mon oncle Léon qui jouait m'a montré quand même un peu et puis je suis parti ainsi, cela m'est venu tout seul, à l'oreille, parce qu'aucun de nous ne sait la musique comme par exemple pour l'avant din.ner, c'est un air qui vient tout seul à l'oreille et pas avec une partition, il faut que cela soit propre, sans fantaisies, c'est dommage, actuellement on en fait trop.

A part cela, après moi, cela a été au tour de Georges, Henri Efrène qui ont joué, et petit à petit nous avons eu notre batterie, nous nous som­mes toujours bien entendus et jamais quittés.

Lorsque la batterie était en route, nous commencions à 4 ou 5 heures le matin et c'était sans arrêt jusqu'au lendemain vers 6 ou 7 heures et aucun de nous ne faiblissait.

 

Q.   Combien de tambours dans votre batterie ?

R. Quatre, toujours nous quatre, notre batterie est venue d'un parent à nous, Wanberchies, qui jouait pour le « Café du Congo » à la rue de l'Eglise, juste avant d'arriver à l'Athénée (Musée] là se trouvait le local des petits gilles, à ce moment-là, il ne fallait qu'un tambour et un gamin, il m'a pris avec lui, c'est ainsi que j'ai commencé.

 

Q.    C'est donc ainsi que vous avez joué pour la première fois ?

R. A la bonne heure, oui, avec mon cousin Noël et je vais vous dire com­bien j'ai gagné pour la première fois, j'ai reçu 2 pièces de 5 francs, j'ai joué pour ça avec en plus les répétitions 5 jours pour 10 francs, je suis revenu tout heureux avec ça chez moi, puisque c'était moi le plus âgé et qu'il n'y avait que papa qui travaillait, voilà comment cela a com­mencé et je vais dire comme celui-là : c' èst-insi què ça s' a in.manchî. De fil en aiguille, j'ai attrapé la société chez « Paul Hoyaux » sur la place, car entretemps mes frères étaient devenus de bons tamboureurs sur 4, 5 ans, et nous avions notre batterie. Nous avons peut-être joué 15 ans pour eux, ensuite pour les « Indépendants », nous avions hésité à l'épo­que entre les

« Indépendants » et les « Récalcitrants », la société de chez « Paul Hoyaux » s'étant dissoute, les deux autres sociétés voulaient nous avoir, moi jouer pour les « Indépendants » ou bien pour les « Récalcitrants » c'était la même chose, donc moi je leur dis : « Puisque vous le demandez à deux en même temps, je ne veux pas déplaire à un pour faire plaisir à l'autre, il faudra que vous veniez chez moi au Faubourg St Jacques vers 19 heures, le premier qui sera là, je signerai pour lui », à 18 h. 45 les « Indépendants » sont arrivés, j'ai dit non attendons 19 h. comme convenu. A 19 h. 15 les « Récalcitrants » (c'était un dénommé Mamâr qui s'en occupait) sont arrivés, je leur ai dit : « C'est trop tard, l'heure c'est l'heure, l'affaire est réglée avec les « Indépendants ». C'est ainsi que nous avons toujours joué pour eux.

 

Q.   Et à l'extérieur de la ville ?

R. Nous avons joué à La Louvière pour la société du « Hocquet » après nous avons joué pour les « Commerçants » et on joue encore, du moins les petits. Eux aussi, c'est à croire qu'ils sont venu au monde en jouant du tambour, faut dire aussi que ma fille joue de la caisse comme un homme sans l'avoir appris, sans fausse note, à l'oreille. Les musiciens actuels c'est la même chose, il y en a certains qui jouent en faisant trop de chichi (fantaisies) cela n'est pas beau du tout. Je ne vais pas déprécier les musiciens « étrangers », il y en a de fort bons, mais certains ne jouent pas comme cela doit se faire ils n'ont rien d'un avant-din.ner, il y a trop de fion (fioriture) pour certains on ne comprent même pas quand ils stoppent l'air tellement ils chipotent.

 

Q.   Votre cadence à vous n'a jamais été la même que les autres ?

R. Non, nous avons toujours joué plus vite, pas pour courir à vélo non, mais. rè... rè... rè.., nos reprises sont plus belles.

 

Q. Lorsque vous avez commencé, qui avez-vous connu comme autres tamboureurs ?

R. D'autres, il y avait le papa de Même (Graux Ursmar) qui jouait à la fanfare des « Chasseurs ». Entre nous, sans connaître la moindre note, il était là surtout pour jouer les « pas redoublés ». Ses garçons aussi ont joué, il y avait aussi Charles à cornes, un Hamaide, èl gauchî, comme on l'appelait, l' pètit colonel qui jouait pour la société du café Chevalier sur la place ; Clara aussi avait son équipe dont Odilon qui est un fin joueur ; aussi les Même, 'l roucha Deprez qui était aussi de la fanfare des « Chas­seurs » (fanfare née en 1838). Après, il y avait des tamboureurs qui venaient d'Haine-St-Pierre ; voyez-vous il n'y avait pas assez de tambou­reurs à cette époque, bien qu'en ce temps-là, il n'y avait que trois à quatre tambours par société, maintenant il en faut six, mais il faut dire aussi qu'il y avait beaucoup moins de gilles qu'actuellement. Une belle société comptait trente à quarante gilles pas plus, il y avait même une société de gilles le lundi et qui sortait sans chapeaux, elle était installée chez Camille Dehon sur la Grand-rue, on les appelait dans la ville la société des Maus-contints, parce qu'ils disaient qu'ils voulaient être tranquilles et ne dépendre de personne.

 

Q.    Combien louait-on un costume de gille à ce moment ?

R. Pour dix francs, vous en aviez déjà un beau, mais en parlant de Dehon, je vais vous en dire une qui n'a rien avoir avec vos questions mais écoutez quand même.

Dehon qui en même temps qu'il tenait son café, faisait aussi des vête­ments, un jour il voit entrer un « étranger » de Buvrinnes avec sa patron­ne une fermière, il venait pour acheter un costume bleu «Nom dè djous'», dit Camille, il ne faut pas qu'il me demande pour en montrer un autre je n'en possède qu'un.» La fermière lui demande de lui faire essayer, ce que fit Camille tout en disant : « Regardez ce tissu, ce n'est pas de la tripe, mais la fermière fait la moue et lui demande d'en montrer un autre. Camille bien ennuyé lui dit qu'il en avait encore un autre à l'étage, seulement celui-là coûtait beaucoup plus cher ; «Je vais vous le chercher. Il monte et prend le costume qu'il avait essayé, le met dans une belle boîte avec du papier de soie et redes­cend le montrer à la fermière qui lui dit : « Ah, on voit bien que celui-ci est meilleur, vous avez essayé de me tromper avec l'autre ». C'est ainsi que Camille a vendu son dernier « bleu » pour plus cher qu'il n'avait prévu.

 

Q. Reparlons encore un peu de carnaval. Maintenant que vous ne jouez plus, lorsque vous entendez les tambours en ville, quel effet cela vous fait-il ?

R. J'ai mal au cœur, surtout quand je vois les premiers gilles passer, bien que déjà à quatre ou cinq heures je suis déjà debout pour les regarder, c'est simplement parce que mes jambes ne sont plus ce quelles étaient, sinon je jouerais encore mais à 80 ans...; mais la relève est là, et ils joueront encore bien des années par tous les temps, malgré les cloches aux mains, parce qu'ils ont cela dans le ventre.

*    *    *

Q.    Monsieur Georges Birck, quel âge avez-vous ?

R.  84 ans.   

 

Q. Depuis quand jouez-vous du tambour ?

R. Depuis l'âge de 8 ans, j'ai appris à jouer à l'école, au pensionnat, là il y avait une petite'fanfare, c'est ainsi que j'ai commencé... au trom­bone, mais ensuite j'ai pris le tambour, cela me convenait mieux, j'ai joué après à Binche pour la société Paul Hoyaux lorsqu'il a commencé sa société, au « Café des Trois Portes » sur la place, il y avait une trentaine de gilles, mais avant la guerre de 14-18 il y avait même une société qui sortait le lundi, il y avait aussi d'autres sociétés de fan­taisie, des « Bouchers », des « Cordonniers », des « Chics types », même certains habillés de sacs qui allaient à la viole et que l'on appelait les « Méli-mélo ».

 

Q.    Qui étaient les autres joueurs de tambour ?

R. Aux « Trois Portes », les P'tits cos (Hamaide) ensuite j'ai joué pour Fernand Graux qui habitait à la rue de Robiano où se trouve aujourd'hui le boucher Parmentier, il vendait du tissu et avait décidé de créer une nouvelle société, mais ensuite je me suis désisté car cette société s'est éparpillée, j'ai été tambour chez les « Pélissiers » (autre fanfare binchoise née en 1856). Pour les Gilles, j'ai joué au Faubourg avec èl roucha Deprez, Hamaide (non pas un p'tit co) le beau-frère de Georges Vienne, mais encore une fois cette société là est disparue et je suis retourné aux « Indépendants », j'ai formé des jeunes comme Jean Michel, Jacky et Henri Piette, Roger Chevalier qui ont commencé sous le nom lès Gamins, ceux-ci jouent encore actuellement. Un souvenir, je me rappelle le mercredi des Cendres, pour une société du Faubourg, nous sommes allés pour recevoir, on nous avait promis 500 frs, c'est-à-dire pour les Gamins, comme ceux-ci avaient bien joué, ils en ont reçu 1000, ce que j'ai été heureux pour eux, c'était la scoiété des « Splendides » ; en­suite ils ont été jouer des années pour les « Supporters ». J'ai appris à jouer à plus de cent tamboureurs, j'en ai gardé la liste, ils en est resté de bien bons musiciens et j'en suis fier et malgré mon âge « dj' in skète co bîn ieune ».

 

 

Marc LEFEBVRE.

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