02/03/2013

1.2.2 Lès musucyins / Les musiciens: lès tamboureûs / les tambours

Les servants du dieu Gille à Binche: le tamboureur Ursmar Graux dit Mémé, in : MA, 7 , 1981, p.124=125

 

Q.   A quel âge avez-vous débuté au tambour ?

R. A 10 ans et cela sans que mon père ne me montre un seul coup de baguette, pourtant il était un des meilleurs tamboureur de la ville avec les « Clara » et les  Pètits Cos », il jouait pour la société des

« Chas­seurs », il allait dans les rues de la ville pour annoncer la sortie de la société, on avait même écrit une chanson sur lui dans une revue.

 

Q.   Vous avez de nombreux souvenirs à nous conter ?

R, Des tas, oui. Je me souviens qu'avant la guerre de 1914, j'ai conduit pour la première fois un petit gille c'était un dénommé Dupire Fernand je pense, la société des petits gilles se trouvait au café du « Congo » près du Musée actuel et comme mon père habitait dans la rue dèl pine Daneau comme l'on disait, la rue Houssière si vous préférez, et Dupire père qui habitait sur le coin et qui vendait du tissu, j'allais donc le chercher, lui et son fils, pour les conduire à leur société, je ne jouais pas encore pour une société, je n'avais que 9 ans.

J'ai acheté mon premier tambour au fils Vital Deprez, Joseph pour 21 frs, c'est ainsi que j'ai débuté.

Il faut vous dire que j'ai été élevé chez ma grand-mère, donc mon père ne venait jamais m'apprendre à jouer.

Un beau jour, je suis parti à Haine-St-Pierre avec le tambour sur le dos, le prix du train était de 2 frs 35 pour le trajet. Arrivé là, je ne savais où aller puisque je n'étais pas engagé, j'entends au loin une batterie arriver, aux coups de baguettes, je me disais « ça, c' èst m' papa », en effet m'ap­prochant, c'était bien cette société.

Lorsqu'il m'a vu, tambour sur le dos, il m'a dit d'un drôle de ton,

« Astèz là ? Alèz, r'ssèrèz vo tambour », je ne me suis pas fait prier et je me suis mi à côté de lui, les gilles venaient me demander et à papa : « C' èst vo garçon, ça, Blanc ? », un autre dit : « , vo vérèz m' èrmin.ner èt din.ner à no méson èyèt dormi ». J'avais gagné, j'étais engagé. Cet homme tenait un café dans la rue Neuve, là, j'ai dîné j'ai touché 2 frs, je l'ai reconduit, encore 2 frs, ramené, toujours 2 frs, résultat, j'avais gagné plus que mon père car le lendemain, cela a recommencé ; en tout, j'avais gagné 14 frs sans compter une dringuêye à la société.

 

Q.    Quel âge avez-vous maintenant ?

R. J'ai eu 82 ans, maintenant je ne sais plus jouer, sauf de temps en temps pour un enterrement, mes jambes deviennent vieilles, que voulez-vous !

 

Q.   Votre père jouait pour quelle slociété ici à Binche ?

R. Il jouait pour les « Récalcitrants », ensuite la guerre est arrivée et papa décédé, avec mon frère nous avons joué chez « Naveau » sur la place ensuite les enfants de mon frère grandissant (entre nous, mon fils, je n'ai jamais voulu qu'il joue du tambour, c'est une vie d'esclave), donc les enfants de mon frère Marius, Georget, Michel nous avons formé notre propre batterie, nous étions cinq avec moi comme chef de batterie. Ensuite Noël du P'tit Co père, le fils et le plus vieux des fils de mon frère, Marius son prénom, ont voulu instaurer 6 tambours ; je me suis dit, cette fois je suis de trop et je suis parti.

 

Q.    Les P'tits Cos ce sont les Hamaide ?

R. Non, ce ne sont pas les mêmes P'tits Cos. Ensuite, j'ai été jouer au Cadet, aux « Sans nom » à la rue du Cygne tout de suite après la guerre de 40. Le président était Châles Pierre, son vrai nom Bourgois. Ah ! vous le savez bien, vous avez fait le gille là aussi avec toute votre famille, père, grand-père, oncles et cousins, et c'est dans cette même société qu'un jour je n'ai pas joué mais que j'ai fait le gille pour la première fois sous le même président.

Ensuite, l'année qu'il a fait si froid, qu'il est tombé de la neige si fort, je ne sais plus l'année, les instruments gelaient. C'est cette année-là que j'ai cessé mes activités, j'avais joué plus de 50 ans.

 

Marc Lefèbvre

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