02/03/2013

1.2.3 Lès fieûs d' tambour / Les fabricants de tambour

Les servants du Dieu Gille à Binche: le fabricant de tambours, in: MA, 5, 1982, p.100

 

Q. Monsieur Jocelin Lebon, votre famille fabrique des tambours depuis com­bien de temps ?

R. Mes grands-parents qui habitaient à la rue St-Paul à Binche, fabriquaient des « tamis », pour la pratique du jeu de balle en vogue à cette période (vers 1868). Ils fabriquaient aussi des soufflets en cuir de fonderie, ce qui, naturellement, allait leur permettre de construire des tambours. Les fûts de ceux-ci étaient achetés chez Maillon, Panny ou Van Engelen à Bruxelles.

Fernand Lebon, mon oncle, achetait des peaux irlandaises. Une peau à ce temps-là coûtait déjà plus de 300 francs, c'est mon père ensuite qui a repris le commerce.

 

Q.   Vos fûts sont-ils toujours achetés ?

R. Non, depuis 1966, notre famille les a construits elle-même et je continue la tradition, mes tambours sont toujours construits d'une façon artisanale. Pour vous donner une idée dans les années 60, les tambours se vendaient entre 1.200 et 1.300 francs.

 

Q.   Le tambour de Binche ai-t-il été transformé ?

R. Au point de vue hauteur oui, avant 1914 la hauteur était de 18 cm, ensuite parfois de 16 et même de 14. Aujourd'hui, le fait est que plus le fût est aplati, plus le son est sec, mais la caisse de résonnance en est diminuée. Mais on revient de plus en plus aux fûts de 18 cm. Il y a toujours des familles de tamboureurs qui n'ont jamais joué sur d'autres que des 18 cm, comme les « Clara », « Brûlez ».

 

Q.   Quelles sont les principales parties d'un tambour ?

R. Le fût en laiton, de 13 tirants de cuir qui donnent l'angle du serrage, de cordages (environ 10 m. par tambour), d'une corde de timbre en boyau de bœuf, calibré et séché, appelé aussi boyau de chat, de plus ou moins 2 millimètres et demi, 2 cercles en bois de hêtre cintré et bien sûr, deux peaux actuellement de plastique que nous recevons serties et pré­formées ce qui facilite les montages.

Pour les grosses caisses nous employons toujours des peaux de veaux, sauf en cas de mauvais temps, le propriétaire utilise du plastique afin de ne pas détériorer la peau qui coûte quand même un prix appéciable.

 

Q.   Et les baguettes ?

R. Les baguettes, elles étaient en ébène, maintenant depuis la venue du plastique, on emploie des baguettes plus légères et plus grosses venant d'essences différentes.

 

Q.   Vos grands-parents et vos parents, où trouvaient-ils les peaux ?

R. Avant cela, c'était facile, ils se rendaient en outre à la tannerie Lefèbvre, qui se trouvait dans la rue de Fontaine et qui est disparue aujourd'hui ainsi que les autres tanneries de Binche.

 

Q.   Construisez-vous des tambours uniquement pour Binche ?

R. Non, j'en construis pour des groupes de majorettes, pour des groupes napoléoniens, pour des orgues de foire aussi (les grosses violes) et je fournis aussi en France, Allemagne, Suisse, etc.

 

Q. En parlant de viole, vous les construisez aussi ?

R. Oui, depuis quelques années. La situation à Binche devenait grave pour la coutume du dimanche gras où le matin les groupes ne trouvaient plus de violes pour leur sortie, car il faut rappeler qu'à une certaine époque, situons-la depuis 1880 jusque dans l'entre deux guerres, les sociétés, le dimanche matin ne sortaient pas en tambours, mais bien avec des violes (orgue de barbarie).

 

Q.   Comment avez-vous fait pour reconstruire une viole ?

R. Je vous en ai déjà parlé lors d'un précédent interview (voir «Les violes de Binche» du même auteur), mais j'ai pris contact avec un constructeur allemand, elle est la reconstitution d'une « Wrede » de 1919, la plupart des violes de Binche étaient de marque «Harmonipan Frati et Compagnie» et « Gavioli » de Paris.

Actuellement j'en ai déjà construit plusieurs et je crois maintenant qu'elles sont au point.

 

Q.    Pour la notation avez-vous eu des problèmes ?

R. Au début, oui bien sûr, car je ne possédais pas de partitions et il fallait des airs de Binche connus.

Savez-vous qu'il faut placer sur un1 cylindre plus de 900 à 1.100 pointes en laiton pour inscrire la musique, rien que le piquage de leur emplacement demande une journée de travail.

La notation se compose du chant normal, de la basse, de l'octave et l'accompagnement, ce n'est pas une mince affaire et les airs de Binche ne possèdent que 40 mesures alors que les violes allemandes en com­prennent 64.

Mes violes sont construites comme à leur origine avec 64 mesures, elles possèdent 25 touches doppel-pan, c'est-à-dire double tuyau, la difficulté a été de pouvoir les mettre sur 40 mesures, aussi c'est parfois un air de 32 mesures que l'on reprend deux fois.

 

Q.   Avez-vous le sentiment que l'on revient à la viole ?

R. Oui bien sûr et ce malgré bien des difficultés rencontrées, car si cer­taines violes sont en très mauvais état ici à Binche, certains propriétaires refusent de me les laisser voir, peut-être ont-ils peur que j'en connaisse un peu plus sur la tonalité ou la notation ?

Q. Monsieur Lebon, merci de m'avoir répondu avec tant de gentillesse et je vous souhaite de tout cœur de persévérer et de réussir à nous sortir des violes qui animeront longtemps encore nos rues et nos ruelles de leurs accents aigrelets.

 

 

Marc Lefèbvre

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