02/03/2013

2.1 Lès Djîles di Binche / Les Gilles de Binche: "Èl Bon Dieu èst Binchoû!" / Conditions d'admission au sein d'une société de Gilles à Binche

in: DH, 22/02/2012

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in : MA, 2, 1979, p.38-39

 

Conditions d'admission au sein d'une société de Gilles à Binche

 

 

 

Tout Binchois désireux de faire le Gille doit s'inscrire dans une société reconnue par l'Association des Présidents (article VI des statuts de l'Associa­tion) (1). Et pour être admis dans une société de Gilles comme membre effectif, le candidat doit remplir certaines conditions édictées par les statuts de l'Association des Présidents (article IX) et dans les statuts propres aux sociétés lorsque celles-ci en ont :

 

1.  Etre de sexe masculin.

 

2.  Etre de nationalité belge.

 

3.  Etre Binchois c'est-à-dire :

 

a) soit être né à Binche et être ou avoir été domicilié pendant 3 années consécutives à Binche.

 

b) soit être issu en ligne directe de familles binchoises, au sens que le code civil l'entend, article 736.

 

c) soit être issu de famille binchoise et être ou avoir été domicilié à Binche durant 3 années consécutives.

 

d) soit habiter à Binche depuis au moins 5 ans (selon les sociétés 2 à 5 ans).

 

e) soit avoir déjà fait le Gille dans l'une des sociétés reconnues par l'As­sociation et ne pas se trouver dans l'un des cas d'exclusion prévus par l'article « 12 ».

 

(Cette règle permet aux Binchois qui ont quitté la Ville par obligation professionnelle ou autre de faire encore le Gille. Ceux-là devront se conformer à l'article XIII (2) relatif au lieu de départ).

 

4. Etre présenté par deux parrains, membres effectifs de sa future société et être admis par son comité dont la décision est sans appel.

 

Les trois premiers points sont les conditions sine qua non pour entrer dans une société et participer aux sorties carnavalesques. L'Association est intransigeante et la société qui enfreint les règles risque d'être pénalisée par une diminution des subsides accordés par la Ville. Ce règlement sauve­garde le sens folklorique du carnaval — en effet, quel sens cela a-t-il de célébrer une fête parmi des gens inconnus ?

 

La 4e condition, quant à elle, relève plus d'un arrangement intérieur aux sociétés : toutes n'exigent pas que le nouveau membre soit présenté par des parrains, mais c'est toujours le comité qui décide.

 

Aucune limite d'âge n'est précisée si ce n'est pour un enfant de moins de 12 ans.

 

La société, quant à elle, impose aussi ses conditions :

 

- moralité et honnêteté sont les qualités que requiert la société de ses membres

 

-  le Gille doit s'engager à respecter la « vieille tradition binchoise » précisée en outre dans l'article XI (3) des statuts de  l'Association, sous  peine d'exclusion.

 

- il devra payer — selon les sociétés, les circonstances — un droit d'entrée : les « Réguénaires » ne le réclament plus maintenant que la société est sortie des durs moments ; le Gille sera d'office inscrit à la soumonza (4) et paiera aussi sa mise.

 

- certaines sociétés imposent le port du chapeau le mardi gras ; d'autres ne peuvent se le permettre car la location du chapeau coûte très cher.

 

Aucune société ne recrute de membres. Toutes comptent suffisamment d'effectifs. Certaines s'imposent même une limite : les « Réguénaires » n'acceptent pas plus de 95 membres effectifs payant la soumonza.

 

 

 

(p.39) Si aujourd'hui, l'Association des présidents prend de plus en plus de de pouvoirs et insiste tant sur ces conditions d'admission, de participation comme membres effectifs au carnaval, c'est parce que les Binchois craignent un changement de la physionomie du carnaval avec l'application du principe de la fusion des communes. En effet, beaucoup de gens risqueraient de réclamer leur droit en tant que Binchois c'est-à-dire habitant du Grand Binche -ce qui est différent de la Ville de Binche délimitée dans l'article VIII des statuts de l'Association. D'autre part, un conseil échevinal composé de non Binchois pourrait intervenir de façon inopportune dans les questions que pose le carnaval. Il est à noter que le carnaval de 1977, le premier après la fusion des communes, semble s'être bien déroulé. Puissent ceux qui suivront lui ressembler....

 

 

 

 

 

Catherine HARVENGT

 

 

 

(1)  Toute personne, pour pouvoir faire le  Gille à Binche et participer aux sorties des sociétés dans notre Cité, doit obligatoirement être membre effectif d'une  des  sociétés  reconnues  par  l'Association. Il en est de même pour pouvoir faire partie d'une société de fantaisie.

 

(2) Tout membre effectif, tel que repris à l'article 9, n'ayant pas de domicile à Binche devra obligatoirement trouver une  maison  d'accueil  afin de pouvoir :

 

- le matin, s'habiller et se bourrer ;

 

- dîner, lors du retour le matin après la dislocation de sa société ;

 

-  le soir, se déshabiller et se débourrer.

 

(3) Le Gille est tenu de se comporter correctement, en respectant scrupu­leusement la danse et sa tenue de gille, en évitant tout abus de boisson ou autres afin de respecter la vielle tradition binchoise. Il évitera notam­ment les cheveux sur la nuque dépassant la barette. Pour se bourrer, il n'utilisera que de la paille. Le masque de gille, qui se porte uniquement le  mardi-gras, devra être  enlevé  lors  d'un  arrêt de  la société et non laissé sur le front. La vente du masque typique s'effectuera uniquement par les soins et sous la responsabilité des sociétés de Gilles reconnues par  l'Association,  à   l'exclusion  de  tout  autre  intermédiaire,  personne physique ou morale, quelle qu'elle soit. Cette vente sera réservée uni­quement aux membres effectifs des sociétés dont il s'agit.

 

(4) Chaque membre qui participe au carnaval doit payer une mise. Cette mise est parfois appelée soumonza : les anciens livres de comptes des « Réguénaires »   la  nomment  de  cette  façon  ainsi  que  certains   Gilles plus âgés et les anciens.

 

N.d.l.R. — Ces lignes sont tirées de C, Harvengt, Les sociétés carnavalesques à Binche, mémoire de licence en éducation physique, Université Catholique de Louvain, année académique 1976-1977, pp. 66-68. C'est avec l'aimable autorisation de son auteur que nous publions ce texte.

 

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