03/03/2013

1.1.2 Lès fieûs d' matériél / Les fabricants de matériel: lès fieûs d' masse / les fabricants de masques & lès fieûs d' ramon / les fabricants de 'ramons'

Les servants du dieu Gille à Binche / Le fabricant de masques,

in : MA, 6, 1981, p.106-107

 

Le masque était fabriqué avant la guerre en Allemagne ensuite à Saumur en France, cette usine s'étant convertie dans la fabrication   de masques en plastic il fallait trouver une solution pour Binche.

Monsieur Jean-Luc Pourbaix, jeune peintre et céramiste Binchois s'est intéressé à ce problème.

 

Q.   Qui vous a donné l'idée de fabriquer des masques ?

R. Cela m'est venu tout seul, j'ai dit : « Il n'y en a plus, je vais essayer de les faire », les derniers venant de Saumur, je me suis rendu sur place, j'ai fait le tour de l'usine, mais comme elle fabrique tout en plastic, cinq minutes après je suis sorti, ils m'ont dit : « Vous êtes sur la bonne voie, continuez », c'est tout.

 

Q.   Comment avez-vous fait après ?

R. Par tâtonnement pendant 6 mois, j'ai démonté un masque, j'ai cherché des matériaux, fait des essais, fait des moules en plâtre que j'ai démolis car ils ne me donnaient pas satisfaction et enfin j'ai réussi, je crois.

 

Q.   Avez-vous été aidé par quelqu'un, des conseils ?

R. Non, j'ai simplement recopié les anciens masques, parce que les der­niers n'étaient pas très baux, il n'y a que pour le masque des Paysans que j'ai rencontré Monsieur Glotz et l'abbé Thomas du Collège, et nous avons mis au point le modèle qui est le même que le Gille, mais, étant porté par des enfants, nous avons seulement enlevé les favoris et le petit bouc.

 

Q.   Les couleurs du masque ont changé ?

R. C'est-à-dire que les derniers n'étaient déjà plus les mêmes qu'avant la guerre, j'ai refait les mêmes couleurs, les favoris sont un peu plus foncés.

 

Q.    Comment faites-vous pour faire un masque ?

R. Il faut tout d'abord faire l'encollage de couches de tissus différents placé sur un moule mâle en aluminium, ensuite pressé dans un moule femelle à chaud ; quand cela est fait, il faut le colorier à la main ensuite le cirer.

 

Q. Vous avez une exclusivité avec la ville de Binche pour la fourniture des masques ?

R. Oui, bien sûr, mais cela est secondaire, car le contrat, je l'ai fait avec moi-même, je suis un acharné Binchois, il est certain que je ne vendrais pas un masque hors de Binche. Au départ, je le répète, la ville ne m'avait rien demandé, je les ai faits de moi-même, parce que vous savez, entre l'inertie d'une administration et le dynamisme d'un artisan, c'est deux choses bien différentes.

 

Q. Vous êtes aussi peintre, céramiste et potier, vous avez traité le Gille et les Carnavals de toutes les manières, avez-vous déjà exposé hors de la ville ?

R. Non jamais, il y a eu une fois un article dans « Hainaut Tourisme » c'est tout.

 

Q.    Revenons au masque. Combien en fabriquez-vous par année ?

R.    Ce que la ville me commande, c'est-à-dire 500.

 

Q.   C'est beaucoup !

R. Oui et non, un masque se défraîchit lorsque le Gille l'a porté ; la cha­leur, la transpiration cela détruit le masque.

 

Q. Les Gilles sont propriétaires des masques, même défraîchis ne peu­vent-ils pas le donner à des amis ?

R. Je vois ce que vous voulez dire, pour qu'ils partent à l'étranger ? non, les sociétés étrangères emploient des masques en plastic et ils ne sont pas beaux.

Au départ, j'ai eu un petit différend avec Fernand Derval qui était bourgmestre à ce moment-là, parce que lui, ignorait qu'une maison de masques de la ville vendait des masques de Gille en plastic, il en a même fait acheter un pour le voir, mais il ne sera jamais le vrai masque en cire.

Mes premiers masques, je les ai faits pour ma société de gille, les

« Réguénaires ».

 

Marc Lefèbvre

 

N.d.l.R. — On consultera aussi l'article de S. Glotz, Le masque du gille de Binche dans « Hainaut Tourisme», avril 1977, n° 181, pp. 43-47 (repris dans « El Mouchon d'Aunia », janvier 1978, pp. 10-12) : on y trouve de très belles photos de la fabrication du masque de gille fait par J.-L. Pourbaix. Au sujet de ce masque, on relira l'article d'A. Garin, Protégeons notre masque de Gille, dans « Tavau Binche », n° 1388, juin 1974 (repris dans « El Mouchon d'Aunia », janvier 1975, pp. 6-7.

 

 

(in: MA, 1, 2012 >)

 

11a112ag2012MA1a.jpg

Les commentaires sont fermés.