03/03/2013

1.1.2 Lès fieûs d' costumes / Les fabricants de costumes: louweû / "louageur"

Les servants du dieu Gille à Binche: les Louageurs (suite 2),

in : MA, 4, 1981, p.62-63

 

Q.    Monsieur Collaert, vos parents étaient louageurs, quel âge avaient-ils ?

R. Papa est né en 1868 et maman en 1870, elle a fait des costumes de gille jusqu'en 1962.

 

Q.    Quand a-t-elle commencé les chapeaux de paysans ?

R. Après son mariage, ce que je sais, c'est qu'elle les a faits pour le Collège à l'occasion des fêtes de l'Indépendance en 1930, c'est à ce moment-là que les sociétés étrangères sont venues lui demander de faire les leurs.

 

Q.    La forme actuelle des chapeaux est-elle toujours la même ?

R. Oui, ce n'est pas la même chose que pour les chapeaux de gille, ici nous avons toujours connu 9 plumes, les autres les ont augmentés après 1962, la hauteur aussi à changé.

 

Q.    Vous avez encore des souvenirs de votre maman ?

R. Oui, voici une photo de maman avec ma sœur, ma femme et moi-même (voir dans ce livret), ma femme travaillait aussi avec maman surtout pour faire les chapeaux de gille, car les chapeaux de paysans, c'était surtout l'affaire de maman, la femme de mon frère et ma sœur aussi travaillaient ici.

 

Q.    Les formes des coiffes, les faisiez-vous vous-même ?

R.    Non, nous les achetions faites, c'était une paille spéciale.

 

Q.    Une paille spéciale ? Qu'entendez-vous par là ?

R. Oui mon père était chapelier, il venait, ainsi que ses parents de la province de Liège, les pailles venaient de Verviers, mon père avait appris son métier à Paris ; ensuite il a travaillé avec son père qui était aussi chapelier. Mon papa est venu s'installer ici à Binche et c'est ainsi que le sénateur Derbaix est venu lui demander de faire les chapeaux et ma mère a ainsi continué à les faire ju'squ'à sa mort à l'âge de 97 ans ; cette année-là elle les avaient encore fait, elle est décédée au mois de mai.

 

Q. Quand elle est décédée, vous n'avez plus continué à faire les costumes et les chapeaux de gilles ?

R. Non, nous ne faisions plus que les chapeaux de paysans, ma sœur n'était plus en très bonne santé et nous n'avions plus beaucoup le temps de nous en occuper, nous avons remis les « paysans » à Clovis Kertens ; il a repris toutes les formes et les pailles.

 

Q.    Les chapeaux de gilles, que sont-ils devenus ?

R.    Nous avons tout vendu à un couple de Quaregnon.

 

Q. Avez-vous eu des formes imposées pour les costumes, chapeaux, lions, etc...?

R. Non, sauf pour les lions, il y avait en effet des louageurs qui faisaient des formes de fantaisies, c'est ainsi que le peintre Mallet a dessiné un lion ; vous savez à l'époque on les faisait différents, c'était une façon de les différencier.

 

Q. Avant les lions qui représentent la Belgique actuelle, vos parents se rappelaient-ils autre chose ?

R. Non, je ne saurais le dire ; quant à moi j'ai toujours connu les lions et même lorsque nous avons vendu les vieux costumes aux hommes qui allaient au « charbon » pendant la guerre de 14, il y avait déjà des lions sur les costumes.

 

Q. Sur les costumes, il y avait des différences, mais sur les chapeaux ?

R. Non, sauf sur la « visière » l'on mettait de chaque côté une étoile et au centre un papillon, en ce temps-là on cousait à la main des fleurs autour de cette forme, maintenant on en met de moins en moins, il faut dire que l'on coud actuellement les fleurs sur des bandes « prête à mettre ». Il y a toujours eu une différence entre les chapeaux « Kersten » et les nôtres, ils ne faisaient pas les mêmes garnitures que nous; pour les chapeaux de paysans c'est la même chose, nous restions près de deux heures pour en garnir un et cela sans relever la tête.

 

Q.   Combien de temps pour confectionner un chapeau de gille ?

R. Nous, à l'époque, nous ne pouvions toucher un chapeau, c'était l'ouvrage de maman, elle passait des nuits pour les faire, mais c'était toujours elle, pour lier les plumes on lui enfilait les aiguilles au fur et à mesure, car, à l'époque, on faisait tenir les plumes par des points dit de « boutonnière » tous les trois ou quatre centimètres, quand cela était fait, mon frère les reliait avec du fil de laiton, nous mettions 9 plumes, jamais plus, et non comme on fait maintenant.

 

Q.    Pour les couleurs des plumes, comment faisiez-vous ?

R. Les plumes arrivaient prêtes de Bruxelles et après le carnaval, on les renvoyait à Bruxelles pour les nettoyer, sauf lorsqu'il pleuvait. Alors, il fallait les arranger nous-même pour la semaine suivante; pour les autres carnavals, on les faisait sécher près du poêle ensuite on les « recrolait » avec un couteau spécial, regardez, nous l'avons encore !

 

Q.    Les collerettes, qui les faisait ?

R. Ma sœur, à l'époque, elle allait à l'école à Brugelette, et on lui portait des rubans à plisser le soir quand elle avait terminé ses devoirs, elle faisait cela à la main, c'est bien longtemps après que les machines à plisser sont apparues. Chez nous nous n'en avons jamais eu, ma maman et ma sœur "ruchinetèt", comme nous disions, toute l'année.

 

Q.   Encore une question. Qui avait créé les chapeaux des paysans ?

R. C'était mon grand père puisqu'il était chapelier, mais comme je vous l'ai dit tout à l'heure, tout cela s'est détruit avec les années, pourtant c'était du solide d'avant 14. Que voulez vous ? Tout n'a qu'un temps.

 

 

Marc LEFEBVRE

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