03/03/2013

1.1.2 Lès fieûs de costumes / Les fabricants de costumes: louweû / "louageur"

Garin Adelson, Binche et le carnaval, éd. IP, 1998

(p.117-) A l’image d’une ville, une industrie d’art

 

Binche, dans le domaine économique, au XXe siècle, est encore la ville de l'industrie de la confection et plus particulièrement de la fabrication de costumes pour hommes. Une main-d'œuvre hautement qualifiée, préparée dans un établissement d'ensei­gnement spécialisé, l'Institut provincial Charles Deliège, peuple les ateliers où l'on réalise un travail très soigné. Certes, le nombre d'entreprises en activité en ce domaine s'est singulièrement réduit ces dernières années car les habitudes vestimentaires des jeunes générations n'ont pas favorisé le développement de cette industrie, loin s'en faut. Toutefois, il nous plaît de mettre en évidence certains aspects d'un artisanat qui fait honneur à notre cité.

 

Les Kersten, fabricants du costume et du chapeau des Gilles

II est important de savoir que le Gille ne possède ni son costume ni son chapeau du Mardi gras mais que chaque année, il le(s) loue chez un «louageur1» de son choix, autrement dit dans l'une ou l'autre des maisons Kersten.

Dans son édition du 6 février 1997, le journal «Le Rappel» a consacré une page entière réservée aux «Kersten, tailleurs à la cour du roi Gille» à l'occasion de cent années d'activi­tés dans le domaine de la fabrication des cos­tumes et des chapeaux des Gilles et dont un membre de cette famille d'origine hollandaise, Emile, s'est installé à Binche, «ville réputée pour son industrie textile » et dont les descen­dants, eux aussi, ont pris racine dans la Cité des Gilles qu'ils servent avec dévouement. Nous avons rencontré Karl Kersten, un des membres de la famille, lequel nous a fourni les renseignements qui étoffent ces pages.

Une fois les fêtes de Pâques passées, les maisons Kersten se remettent au travail pour préparer les costumes en vue des carnavals de l'année suivante. Il faut savoir, en effet, qu'après le Carnaval de Binche, les costumes de Gille sont loués aux participants des carnavals qui se déroulent dans toute la région du Centre et même au-delà de ces frontières, jusqu'au jour de Pâques. En outre, un costume est loué pendant une ou deux années consécutives, voire trois années successives et puis, compte tenu des intem­péries qu'il subit parfois, il est retiré du circuit. Le costume est fait de toile de lin et nécessite un métrage de cinq mètres cinquante pour une taille adulte. Sur ce costume sont cousus vingt lions (quatorze rouges et six noirs) en drap surmontés chacun d'une couronne de la même couleur. Quatre-vingts étoiles environ sont réparties sur l'ensemble du costume (blouse et pantalon). Le devant de la blouse est décoré d'un plastron en drap fait d'étroites bandes rouges et noires. Sur le dos de la blouse, nous trouvons une grande couronne, quatre drapeaux, un blason central marqué d'un petit lion, un masque et sur les côtés, deux petits lions. A cela, il faut ajouter les galons qui soulignent les côtés des jambes du pantalon et des manches de la blouse.

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Quant aux rubans de la collerette qui couvre les épaules, ceux qui garnissent le bas des manches et des pantalons, il en faut plus ou moins deux cents mètres par costume. Lesquels une fois plissés, se réduisent à plus ou moins vingt mètres.

Le chapeau royal «qui se déploie en volutes d'acanthe».

 

Paul Seghin.

Le chapeau est constitué de douze plumes qui forment un très beau panache. Pour «fabriquer» ces plumes, on utilise deux cent quarante plumes blanches d'autruches de sexe mâle exclusivement, les plumes provenant des femelles étant grises. Ces plumes sont fixées sur une buse en carton d'une hauteur totale de nonante centimètres, décorée de soixante fleurs, d'épis dorés et de dentelle. Quant à la décoration de la partie faciale de la buse, elle varie d'une maison de location à l'autre ; tantôt on note un papillon et deux étoiles ; chez l'autre, un lion, une étoile et un galon. A la coiffe du chapeau sont attachés sept longs rubans de plusieurs centimètres de largeur.

Au total, sur l'ensemble du costume, on compte quatre cents motifs dont la découpe se fait à partir de Pâques pour le Carnaval de l'année suivante. Il est impossible de déterminer le temps de travail nécessaire pour la réalisation d'un costume. Quant à l'apertintaille, il est composé de toile de lin, de laine rouge et jaune et de sept à huit cloches selon la dimension du tour de taille du personnage.

N'oublions pas le grelot accroché sur le devant de la poitrine du Gille. La réalisation d'un nouveau chapeau nécessite une dizaine de jours de travail comprenant le triage, le nettoyage, le blanchi­ment, le montage et le frisage des plumes. Alors, amis, lorsque vous admirez nos Gilles le jour du Mardi gras, ayez une pensée respectueuse pour le travail de ces hommes et de ces femmes qui, pour la gloire des Gilles, exercent un métier d'art dont ils sont tous légitimement fiers !

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