03/03/2013

1.1.3 Lès-aîdants dès djîles / Les auxiliaires des gilles: li boureû (le "bourreur")

Les servants du Dieu Gille à Binche: le bourreur, in : MA, 11, 1981, p.210-211

 

Q.  Monsieur Lefèbvre, comment se passe une journée de bourreur ?

R. Un bourreur doit d'abord se lever très tôt, car le gille n'aime pas attendre et partir trop tard, car c'est aux premières heures qu'il s'amuse le mieux car à ces heures-là, il est encore seul avec son tambour, il danse pour lui, fier comme un dieu dans ce jour qui naît et qui fait de lui un roi. Voyez-vous, c'est un peu aussi grâce à nous, les bourreurs, lorsque je pars à 3 h. du matin, un peu fatigué, dame ! la veille on a fait comme les autres, c'est carnaval.

J'arrive chez mon premier gille vers 3 h. 15 et déjà il m'attend sur le pas de la porte, il est déjà in train de pèstèler; le premier travail est de préparer la paille, enlever les herbes qui pourrait lui donner des dé­mangeaisons, ensuite on cherche les pailles les plus longues, il faut dire qu'actuellement nous avons du mal à en trouver car les balots sont fait mécaniquement. On emploi de la paille d'avoine, avène, ou d'escourgon, sicoron.

Nous mettons pour commencer le mouchoir de cou qui empêchera la paille de piquer la gorge et qui protégera aussi celle-ci du frottement de la toile, ensuite, on passe la veste que l'on serre à l'encolure et l'on commence le travail.

Il faut d'abord faire les torkètes qui serviront de bâtis on en met une horizontalement et ensuite deux autres verticalement comme si vous bâtiriez une maison, ensuite on met un peu de paille et l'on procède de la même façon dans le dos tout en regardant si les bosses sont bien rondes. Ensuite sur le devant on continue à remettre de la paille, mine de rien, il faut demander au gille s'il a déjeuné, et en le bourrant, passer la main sur son estomac pour voir s'il n'est pas trop gonflé de la veille, ceci pour s'assurer que le gille ne soit quelque temps après oppressé, étouffé par la paille qui ne doit pas être trop serrée, ni trop peu, pour que le grelot qui sera ajouté sur la poitrine ne « rentasse » pas. Après cela, on serre avec une ceinture ou une corde, moi personnellement lorsque je fais le gille, je préfère une cordelette ou un large pansement, cela fait moins mal avec la ceinture de sonnettes, apèrtintaye ou importintaye.

Ensuite je fais assoir le gille pour lui attacher la collerette aves des èsplinkes, souvent aidé par la mère ou la femme du gille qui est plus fiére que potière de « son gille ».

C'est ensuite la pose de la barrette et du mouchoir de cou que je pré­pare au début avant de bourrer, il faut le plier d'une façon spéciale pour ne pas qu'il blesse le gille et que cela tienne bien ; c'est donc un triangle, vous étendez le mouchoir, vous placez la pointe vers le plus grand bord et ensuite vous pliez plusieurs fois, pas trop large pour que cela prenne bien place sous le cou. Lorsque vous avez posé le mouchoir, vous faite un bon nœud au-dessus de la tête en demandant à votre gille de bien serrer les dents, cela se détend toujours un peu après. Il vous reste à placer l'importintaye à l'endroit, c'est-à-dire les têtes des sonnettes au-dessus.

Je n'ai pas parlé du grelot à placer car souvent, et c'est la coutume à Binche, vous le donnez à mettre à la maman, la femme ou la fiancée, ainsi que placer le nœud de la collerette.

Et voilà le travail terminé, il vous reste à boire la petite goutte tradition­nelle, et prendre congé in courant, pour se rendre chez un autre gille qui trouve que vous avez traîné en route, et ceci jusque 8 h. du matin. C'est un travail assez fatiguant, mais on est fier de ses gilles.

 

Q.   Combien faites-vous de gilles ?

R. Personnellement 6 ou 7, c'est suffisant. Il faut en moyenne 25 minutes pour en faire un.

 

Q.   Vous êtes payé pour ce travail ?

R. C'est-à-dire que je ne demande rien on me donne ce que l'on veut. Vous savez souvent ce sont des amis, et demander autant, non, et puis cela ne se fait pas chez nous, les Binchois savent ce qu'ils ont à faire, nous, nous sommes heureux d'aller bourrer, vous savez c'est la base même du carnaval, alors nous, nous le vivons intensément, car comme je vous le disais tout à l'heure, en le fabriquant nous mettons un peu de notre cœur dans cette paille et avec eux nous faisons aussi le gille, bien que moi personnellement lorsque j'ai terminé, je rentre chez moi où m'attend mon père qui est bourreur aussi et qui à son tour, me bourre car je suis aussi un gille et fier de l'être.

 

 

Marc LEFEBVRE

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