03/03/2013

1.1.3 Lès-aîdants do djîle / Les auxiliaires du gille: li boureû (le "bourreur")

Zonemberg Françoise, le faiseur de gilles, LS 12/02/1994

 

Carnaval va déployer ses fastes à Binche. (…) Incontournable : le bourreur.

Sans lui, le roi du carnaval ne serait pas.

Ou si plat.  Attendu dès la fine pointe de l'aube par celui qui dans la journée forcera l'admira­tion de milliers de touristes comme des « Binchous », le bourreur participe en premier rang à la naissance du gille.  J'ai souvent l'impression quand je sonne chez un aille que je dois bourrer c'entendre derrière la porte son soupir de soulage­ment, confie Marc Wattremez.

 

C'est que cinq minutes de re­tard sur l'horaire convenu suffi­sent à faire basculer des famil­les entières dans l'angoisse, un mardi gras, à Binche.  Et s'« il »ne venait pas ! ?...

 

Voilà vingt-dnq ans que de 4 à 7 heures du matin environ, Marc Watremez parcourt les rues en­core obscures de Binche d'une maison de gille à l'autre pour remplir son indispensable mis­sion.  Au total, avec son fils qui marche dans les traces carna­valesques paternelles, il assure­ra cette année le bourrage d'une trentaine de gilles.  Durée moyenne d'intervention : sept àhuit minutes.  Un « temps de tra­vail - raccourci au maximum grâce à une organisation san s faille; quelques jours avant celui de l'apothéose, le bourreur, à la tête d'une entreprise d'aména­gement de parcs et jardins dans le civil, prépare la paille livrée par son voisin fermier.  Il sépare les quelque 200 kilos en - tor­quettes », les torches dont l'as­semblage formera les célèbres bosses, fait les parts de chacun de « ses » gilles, qu'il livre àdomicile.  Tous appartiennent àla même société, ce qui me permet dinfluer sur le déroule­ment du ramassage en faisant par exemple traîner un peu le tambour si j'ai pris du retard, explique le « faiseur de gilles ».

 

FORMER LA RELÈVE

 

Les bosses du roi du carnaval peuvent être constituées de paille d'avoine ou de froment, mais Marc Watremez préfère l'escourgeon, plus résistant à la transpiration.  L'avoine est en principe plus doux mais s'il fait beau et, que la paille transpire beaucoup, il y a risque de le voir ­virer au fumier.  Quant à la paille de froment, très dure, elle a tendance à piquer.

 

Un grand sac suffit en principe aux besoins d'un gille adulte, mais certains préfèrent être bourrés plus serrés et récla­ment davantage.  L'essentiel est qu il se sente à l'aise pour toute la journée, souligne encore Marc Watremez, déconseillant au passage le port de sous-vête­ments thermolactyl trop... brû­lants.

 

Bourrer un gille est donc tout un art, souvent abandonné d'ail­leurs dans les communes péri­phériques où l'on fête aussi le carnaval.  Mais le métier - au fil des ans tend à se perdre; les bourreurs, âgés pour la plupart, se font de plus en plus rares.  Pour pallier la désaffection, les épouses de gilles ont pris la relève.  Pas de problèmes, elles opèrent au moins aussi bien que leurs "collègues" masculins; Marc Watremez cependant se console mal de la disparition d'un métier du carnaval. Aussi a­t-il eu l'idée l'an dernier d'organi­ser une formation de bourreurs. A sa grande surprise, après une annonce sur les ondes de la radio locale, 40 personnes avaient répondu à l'appel pour la première séance, 70 pour la seconde.  Cette année, les cours ont été réédités avec le même succès, fréquentés par des Binchoises surtout mais aussi par quelques virils habi­tants de la cité de Marie de Hongrie ayant depuis pris à coeur leur activité « grasse ».

 

Peu visible, le travail,du bour­reur n'en est pas moins riche de grandes satisfactions.  Entendre Marc Watremez évoquer le petit pincement de fierté qui lui chavi­re le coeur, chaque mardi gras, à la vue de 'ses' gilles suffit à s'en convaincre.  Jamais d'ail­leurs l'idée d'abandonner son rôle pour se glisser sous une barrette ne l'a torturé.

 

 

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