04/03/2013

0.1 Orijine / Origine: en 1859

Le carnaval de Binche il y a plus de 100 ans, in : MA, 2, 1978, p.22-23

 

En 1859, en annonçant le carnaval, le « Journal de Charleroi ». écrivait :

" Le carnaval de Binche doit dépasser en merveilles tout ce qu'il a produit jusqu'ici. Plus de 2.000 étrangers ont fait retenir des places dans les hôtels et les cafés de la ville. Partout, dans les environs, on se prépare à de joyeux ébats. C'est une preuve de l'état d'aisance dont jouissent les cantons industriels de notre pays ".

Quelques jours plus tard, le journal relatait longuement cette belle fête. De cet article, nous extrayons l'essentiel :

« Outre la troupe nombreuse de Gilles qui resplendissait de rubans, de plumes et de bijoux, il y avait, le lundi, deux magnifiques chars représentant un train de chemin de fer encombré de voyageurs, de toute espèce.

Des soldats en congé, des vieilles femmes alarmées, des bonnes d'enfants, des coupeurs de bourses et, par dessus tout cela, une excellente compagnie de chanteurs. Cette idée a été accueillie par des bravos répétés.

Le mardi, c'était le grand jour... Imaginez-vous vingt musiques différen­tes, marchant en tête de chaque groupe de Gilles, de Pêcheurs, Cortège de mariage, Chiffonniers, Raccomodeurs d'assiettes, et tout cela se croisant, se heurtant, se mêlant en sautant et en dansant. Les Gilles, comme de raison, ont toujours le pas dans ces sortes de promenades, car ils sont beaux, fiers, ont la plus belle musique et sont généreux de leurs bonbons et de leurs oranges.

Une société de jeunes gens eut la bonne idée de composer un char reproduisant les miracles de la Fontaine de Jouvence. Mais, cette fois, c'était par la chaudière qu'on opérait les heureuses transformations. Je soupçonne même un peu que cette idée de chaudière serait en provenance dé Charleroi ou de Marchiennes.

Lorsque l'orateur de la troupe avait fait son annonce en bons termes, aux grands ébahissements d'un délicieux pierrot qui avait délaissé son caractère naturel pour faire plus d'impression, une multitude de vieux décré­pits et de vieilles ratatinées, voulaient prendre le char d'assaut pour entrer dans la chaudière mais, tout doux, on n'acceptait que les plus laids et les plus caducs. Bientôt, ils se trouvaient métamorphosés qui en lion du beau monde, qui en incroyable, voire même en lindor et toutes les vieilles trem­blantes reparaissaient en rosé pompon ou en Rosine ».

 

Et, à la fin de son article, le correspondant ajoutait :

« Le carnaval de 1859 a été le digne émule de celui de 1858.

En 1861, l'article relatant le Carnaval de Binche n'est pas moins intéressant :

« Troupes de Paysans, aux allures de pâtres des montagnes, distribuant à foisons des oranges et les dragées ; deux brillantes sociétés de Gilles, tambours et musique en tête, agitant l'air de leurs immenses plumets et de leurs rubans aux milles couleurs, gambadant, sautant et répandant à pleines mains les friandises. Mais ces flots de rubans qui pavoisent la tête des Gilles pendant le jour, seront disputés, le soir, par plus d'un gentil minois qui voudra s'en parer à son tour et c'est alors, qu'à la lueur de mille flambeaux, ces distributions sont charmantes ».

En 1862, il est toujours question des :

« Gilles aux chapeaux vraiment pyramidaux et phénoménaux, couverts d'une profusion de dentelles, de rubans, de plumes... Il y avait aussi des sabots d'une dimension à se faire une idée de l'Arche de Noé.

On parle aussi des « vessies qui servent aux Gilles à donner des coups sur la tête des personnes non masquées » ainsi que du « balai que les Gilles lancent à la tête des gens ».

L'auteur de l'article ajoute :

« Mais ne croyez pas que les Gilles ne pratiquent pas la galanterie. Ils ont le cœur tendre ; ils n'oublient pas les jolies Binchoises auxquelles ils offrent leur cœur et des oranges et, le soir, ces jeunes personnes se disputent les dentelles et les rubans qu'ils leur distribuent gracieusement ».

Voilà ce que l'on pouvait lire dans les colonnes du « Journal de Char-leroi », il y a plus de cent ans. Si nous devons remercier les rédacteurs de l'époque de nous avoir donné tant de curieux et savoureux détails, il convient de dire merci également à ceux qui ont conservé ces journaux, ce qui permet de nous faire une idée assez exacte de la façon dont nos ancêtres prenaient leurs plaisirs.

 

 

Henri LEFEBVRE

 

Nd.l.R. — Cet article est extrait du « Journal de Charleroi » du 9 février 1964. Le regretté Henri Lefèbvre était un excellent fouilleur d'archives et un excellent amateur d'histoire régionale. Il a laissé un grand vide parmi ses très nombreux amis.

Les commentaires sont fermés.